Le suivi sanitaire de la faune sauvage
Les maladies de la faune sauvage sont aujourd'hui considérées comme des variables à part entière de la dynamique des populations sauvages, les relations hôtes-agents pathogènes étant assimilées à des éléments clés de régulation naturelle.
Il est également admis que les agents pathogènes circulent entre la faune sauvage et domestique et l’Homme, engendrant de multiples répercussions, écologiques, économiques, voire de santé publique. Enfin, il est attesté que l’apparition de maladies émergentes est favorisée dans un contexte de changements globaux.
Récupération d'un Gypaète barbu mort - F. LUC - Parc national des Pyrénées
Présentation du dispositif de suivi
La veille sanitaire mise en œuvre sur le Parc national des Pyrénées comprend une veille évènementielle sur des espèces cibles lorsqu’elles sont retrouvées mortes, une veille renforcée sur les principales menaces affectant la biodiversité (collisions routières, lignes électriques, anticoagulants), une veille programmée sur le Bouquetin ibérique récemment réintroduit, et des études spécifiques ponctuelles engagées sur certaines espèces ou certains groupes d'espèces (ex : suivi sanitaire des amphibiens).
Cette veille sanitaire repose sur une collaboration avec des partenaires (Ecole nationale Vétérinaire de Toulouse et des vétérinaires spécialisés) qui réalisent pour le compte du Parc national le travail d’autopsie et de recherche des causes de la mort des animaux récupérés sur le territoire. Les actualités sanitaires sont partagées annuellement au sein d’un comité de pilotage regroupant des acteurs locaux, des experts nationaux et les autorités sanitaires compétentes.
Les objectifs du programme sanitaire mené par le Parc national des Pyrénées, depuis 2009, sont les suivants :
- suivre l’état sanitaire de la faune sauvage,
- détecter rapidement l’apparition d’un phénomène de mortalité inhabituel pour mettre en place des mesures de gestion adaptées,
- surveiller le rôle potentiel joué par la faune sauvage dans la circulation des maladies réputées contagieuses et pouvant jouer un rôle dans la sécurité des biens et des personnes,
- évaluer les impacts des activités humaines sur la pathologie de la faune sauvage (traumatologie, éco-toxicologie) pour y remédier,
- sensibiliser et répondre aux attentes des usagers (chasseurs, éleveurs …) et du grand public sur les questions de santé animale et les risques et conséquences tant sur la santé humaine que sur l’évolution de la biodiversité du Parc national.
Les résultats
2009
Début du programme
637
cadavres ayant fait l'objet d'une autopsie
38%
des cadavres analysés ont été exposés aux anticoagulants
11
Bouquetins capturés pour contrôles sanitaires depuis 2014
Lancement du suivi : 2009
Période de suivi : Toute l'année
Dispositif : Récupération des cadavres, prélèvements, analyses
Synthèse des résultats :
Ces travaux ont permis d’identifier les principales causes de mortalités des espèces considérées comme prioritaires. Parmi les principales découvertes ces dernières années, on peut citer l’apparition de maladies émergentes telles que le ranavirus qui décime des populations entières d’amphibiens, la pestivirose qui a engendré des baisses de populations de l’ordre de 80% chez l’Isard sur certains secteurs dans les Hautes-Pyrénées, plusieurs épisodes de kérato-conjonctivite aux conséquences variables sur les ongulés, la découverte d’une sérotine (Chauve-souris) positive à la rage, en Aspe en 2017.
La principale menace d’origine humaine identifiée est l’utilisation domestique et agricole des anticoagulants (principalement raticides) qui provoque des mortalités directes (intoxication) ou indirectes (affaiblissement et baisse de la vigilance des animaux qui favorise des collisions routières ou sur câbles). Une étude menée entre 2010 et 2018 sur 157 cadavres a révélé un taux d’exposition aux anticoagulants de 38% de ces cadavres.L'exposition à ces produits toxiques reste donc importante (60% des renards roux analysés étaient touchés ainsi que 40% des chats forestiers, martres des pins et buses variables…).
Pour y remédier, des campagnes de sensibilisation ont été engagées et des solutions expérimentées comme alternatives à l’utilisation des pesticides dans la lutte contre les «indésirables». On peut par exemple citer la mise en place de nichoirs pour favoriser l’installation de chouettes, prédateurs naturels des rongeurs, et le soutien au piégeage mécanique du Rat taupier dans les prairies de fauche.
Opérations de contrôles sanitaires sur les bouquetins ibériques
Capture de Bouquetin ibérique pour contrôles sanitaires - J. VIGNASSE - Parc national des Pyrénées
Capture de Bouquetin ibérique pour contrôles sanitaires - M. ABDELHADI-MORLHON - Parc national des Pyrénées
Localisation des cadavres ayant été envoyés à l'analyse
Télécharger le programme de veille sanitaire du Parc national des Pyrénées - 2021
